﻿« A vous entendre, tout va bien. » Allain Bougrain-Dubourg est resté intraitable hier matin dans la salle des fêtes de la commune de Gaillan-en-Médoc. Le président de la LPO (Ligue de protection des oiseaux) a rencontré les chasseurs et les élus médocains lors d'une table ronde qui a eu le mérite, même si on ne s'est pas ménagé, d'installer un dialogue à l'abri des invectives. Du reste, dans le parcours matinal qui l'a conduit à se rendre dès sa descente du bac au Verdon au poste d'observation de la pointe de Grave, puis au port de Neyran et au phare de Richard, le président de la LPO n'a pas hérité de noms d'oiseaux et la gendarmerie n'a pas eu à intervenir.


Le respect du droit. « Une tourterelle qui tombe, c'est un couple en moins. » Allain Bougrain-Dubourg ne veut plus entendre parler de chasse du printemps, il juge « pas pensable » qu'Henri Sabarot, le président de la Fédération des chasseurs de Gironde, plaide pour une dérogation afin de pouvoir chasser la tourterelle au mois de mai comme il l'a annoncé, en s'appuyant sur un avis de la Cour de justice des Communautés européennes qui indique que « si les oiseaux migrateurs ne peuvent être chassés pendant leur trajet de retour vers leur lieu de nidification » (le cas de la tourterelle en Médoc), toutefois, dans des conditions strictement contrôlées et en petites quantités, des dérogations peuvent être accordées. Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application de cette modification.
Le président de la LPO a pour référence le Code rural français, qui interdit toute chasse de printemps, « en pleine période de reproduction ». « Je ne suis pas venu négocier le droit. » Le dialogue, ici, a tourné au dialogue de sourds, les chasseurs n'ayant pas la même estimation que la LPO sur les populations de tourterelles et sur les incidences des prélèvements girondins. « L'espèce n'est pas menacée », affirment-ils. « L'espèce remonte un peu, mais elle est dans un mauvais état de conservation », assure Guy Jarry, de la LPO et du Muséum d'histoire naturelle, hostile à une dérogation pour une seconde raison : « Les têtes de migration au printemps sont les oiseaux les plus adultes et les plus performants, ils représentent deux nichées par jour. »


43 procès-verbaux. Si LPO et chasseurs ne sont pas d'accord sur les chiffres, on voit mal comment ils pourront compter les oiseaux ensemble un voeu émis hier sans grande conviction car, comme le rappelait un chasseur, « on l'a déjà fait, on ne compte pas pareil »... S'il jugeait la rencontre d'hier « comme une bonne chose », Allain Bougrain-Dubourg insistait auprès des médias sur les succès obtenus. « Ce n'est pas la fin du braconnage, mais ce n'est pas loin. Il y a vingt ans, on comptait 9 000 chasseurs à cette période, aujourd'hui on en compte 250. » En 2004, la gendarmerie a dressé 43 procès-verbaux (1) : la chasse à la tourterelle au printemps a presque disparu, c'est un motif de satisfaction pour la LPO et son président, qui a redit hier au risque d'être chahuté qu'il ne comprend pas « le plaisir de tuer des oiseaux ».
« Préférez la vie à la mort, développez l'écotourisme, vous avez la chance d'avoir un lieu de migration exceptionnel où passent 250 000 oiseaux et 130 espèces différentes » : c'est le message de M. Bougrain-Dubourg aux Médocains hier.

(1) Selon la gendarmerie, le braconnage concerne des chasseurs de la région de Bordeaux et de Libourne qui, avec 4x4 et beaux fusils, « viennent s'encanailler à la tourterelle ».
